En ces temps gris de débat sur "l'identité nationale", la confection des listes pour les élections régionales remet au goût du jour ce qu'on appelle "la diversité". Dans ce qui serait une entrée du "dictionnaire à l'usage de moi-même" de mon ami Vincent Monadé, au terme "diversité" correspondrait la définition suivante : "terme employé pour évoquer par euphémisme ou cynisme la variété dans les origines ethniques". La "diversité", mais on ne dit jamais "de quoi", c'est la formule qu'on a trouvé pour ne pas dire "discrimination positive", mais qui permet d'aborder la lutte contre les discriminations de manière positive.
Au PS, comme dans tous les partis politiques je pense, lors que cette question de lutte contre la discrimination se pose, les publics concernés passent toujours un temps infini à commencer par questionner les termes car il semble qu'aucun mot ne convienne. Avec l'héritage républicain en poche, ce combat ébranle tout car force est de constater que cet héritage partagé n'a pas permis de triompher du racisme ou des discriminations dans notre pays. Aussi, la dimension identitaire prend-elle le dessus.
Quel est le bon ordre ? "issu de, puis français, puis socialiste" ? A ce compte-là, il faut savoir contre quoi on se bat et sur quel terrain. Lutter contre les discriminations signifie qu'il faut les identifier. Indéniablement elles existent dans la société. Comment ? En les rendant flagrantes. Pour y parvenir, il faut être aussi bon ou meilleur que les autres, maîtriser les codes, tout donner sans rien attendre en retour jusqu'au moment où les conditions sont réunir pour que l'on soit capable de s'imposer. Au fond, rien n'est plus politique que gagner un combat dans lequel rien ne va de soit. Il faut se souvenir toujours de Léonidas aux Thermopyles.
La pire des discriminations consiste à douter de la compétence et à la compenser par l'ascendance. On doutera que tel ou tel soit aussi capable que d'autres ou on mettra ses faiblesses ou ses différences sur le compte de ses origines. Mais comme il faut faire "dans la diversité", cela compensera les carences. En retour, il y aura double peine. Une fois réussi le passage de la sélection, il faudra doublement convaincre : "oui, choisir Malik plutôt qu'Eric n'était pas une erreur de casting". "Non, Malik n'a pas échoué parce qu'il est arabe, mais parce qu'il n'est pas compétent"... Encore que certains pourraient arguer de ce que la compétence s'acquiert par une formation à laquelle on peut avoir accès.
C'est ici que le rôle des partis politiques ou des associations est crucial. Je crois toujours que la vocation d'une organisation politique ne se limite pas seulement, même si c'est désormais la seule chose que l'on retienne, à la sélection de candidats à une élection, mais aussi à la formation politique d'une génération. On connaît des gens qui adhèrent à un parti et qui estiment que parce qu'ils sont candidats à quelque chose, ils doivent être choisis, sans jamais justifier de rien. Le mérite a son importance. Pour avoir des dirigeants politiques et des élus qui ressemblent à ceux qu'ils représentent, car le fait est qu'on peut représenter quelqu'un qui ne nous ressemble pas, il faut aussi du travail et de la formation. La "diversité" qui consiste à faire du casting sera toujours du coup une mesure cosmétique qui ne résistera pas à l'épreuve du temps, car une fois passé le cap de l'élection, il faut travailler. Quel est le bilan des gens qu'on a mis sur des listes il y a quelques années au nom de l'ouverture et de la "diversité" ? Si le bilan est négatif, il conforte les adeptes du statu quo.
"la diversité", c'est aussi le renvoi aux origines. Sur le plan politique, je me définis et je me perçois d'abord comme un homme de gauche. Lisant dans un journal, (le Figaro d'ailleurs) que je figure sur la liste parisienne "comme exemple de la diversité" me réduit à une dimension qui n'est pas nécessairement celle, trop étroite, dans laquelle je suis perçu. Après 18 ans de militantisme, j'ai plutôt mené des combats politiques généraux, que des batailles "identitaires" parce que de mon point de vue, il ne faut jamais se replier sur son identité, mais transcender cette dernier dans l'universalité.
Pour autant, je pense que l'universalité n'est pas une abstraction et qu'il faut incarner cette universalité par des visages. Si vous dites à quelqu'un que la république c'est l'égalité des chances et qu'elle est "une et indivisible" mais que tous les héros et ceux qui réussissent ont le même visage, cela passe pour un mensonge. Ce qui compte au fond, c'est comme le socialisme tel que le définissait Eduard Bernstein, le grand théoricien social-démocratie allemand. "Le but n'est rien le mouvement est tout". Le moment "discrimination zéro" n'existant que sous la forme d'un horizon, ce qui est important et qui est dès un vrai combat politique, ce n'est pas dire "il y a assez de noirs sur une liste", on imagine le caractère présomptueux et provocateur d'une telle idée, mais le fait qu'en choisir ne relève plus du parcours du combattant. Ni pour ceux qui sont candidats, ni pour ceux qui ont le dernier mot.
C'est pourquoi je suis pour la discrimination positive dans la mesure où les victimes sont ceux et celles qui sont relégués au fond de la classe à cause à la fois de leur nom, de leurs origines sociales et de leurs lieux de vie. Puisque la République est le cadre de la liberté et la démocratie l'arme des opprimés, alors il faut s'en saisir et s'en servir.
C'est pourquoi je pense aussi que lorsqu'on est socialiste, l'idée de "diversité" devrait aller de soi. Laissons à la droite, surtout en ce moment, la responsabilité de ne voir dans la France qu'un pays catho, blanc et où les hommes travaillent et les femmes allaitent. Cette caricature est renforcée par la droite elle-même quand on entend certains de ses parlementaires...
Si on gagne les régionales, alors, c'est que la majorité politique de la France aura rejoint une majorité sociale qui est diverse à tous points de vues.
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